La CAF a renoncé à un accord de plus d’un milliard de dollars : les lourdes conséquences du passage de la CAN à un rythme quadriennal

La décision de faire passer la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) d’une compétition organisée tous les deux ans à un tournoi disputé tous les quatre ans continue de faire débat. Selon une enquête publiée par The Guardian, ce changement stratégique aurait coûté à la Confédération africaine de football (CAF) un accord commercial de plus d’un milliard de dollars, qui était sur le point d’être conclu avec des partenaires privés.
Un contrat historique abandonné
D’après les révélations du quotidien britannique, la CAF travaillait depuis plusieurs mois sur un partenariat commercial d’une valeur supérieure à 1 milliard de dollars, couvrant une période de huit ans. Ce contrat devait sécuriser les revenus marketing et commerciaux des prochaines éditions de la CAN.
Mais la décision prise par le Comité exécutif de la CAF en décembre 2025, de transformer la CAN en compétition quadriennale à partir de 2028, a profondément bouleversé les négociations. En réduisant de moitié le nombre de tournois organisés sur huit ans, la valeur commerciale du produit a considérablement diminué aux yeux des investisseurs et des diffuseurs.
Pourquoi ce changement fait perdre autant d’argent ?
Jusqu’à présent, la CAN se disputait tous les deux ans, offrant aux sponsors, diffuseurs et partenaires commerciaux quatre éditions sur une période de huit ans.
Avec le nouveau format, il n’y aura désormais que deux CAN sur la même période.
Pour les entreprises intéressées par les droits commerciaux, cette réduction du nombre d’événements entraîne mécaniquement une baisse de la visibilité, des audiences et des opportunités de retour sur investissement. Plusieurs spécialistes interrogés par The Guardian estiment qu’il était donc impossible de maintenir une valorisation supérieure à un milliard de dollars dans ces nouvelles conditions.
Patrice Motsepe défend pourtant la réforme
Malgré cette perte potentielle, le président de la CAF, Patrice Motsepe, continue de défendre cette réforme. Lors de la présentation du projet, il avait reconnu que la CAF aurait pu mieux expliquer sa décision, tout en assurant que ce changement profiterait au football africain sur le long terme.
Selon lui, la CAN quadriennale permettra de mieux s’intégrer au calendrier international, d’éviter les conflits avec les compétitions européennes et de renforcer la valeur sportive de la compétition. Pour compenser la baisse de revenus liée à la CAN, la CAF prévoit également de lancer une nouvelle compétition continentale, la Ligue des Nations africaine, à partir de 2029, avec l’ambition de générer des recettes supérieures à celles de la CAN.
Une CAF toujours à la recherche d’un grand partenaire
À la suite de cette réforme, la CAF a officiellement relancé un appel d’offres international pour les droits marketing et commerciaux des éditions 2028, 2032 et 2036 de la CAN. Les entreprises intéressées ont jusqu’au 24 août 2026 pour déposer leur candidature.
Cette nouvelle procédure intervient alors que la CAF cherche toujours à stabiliser son modèle économique. Son précédent grand contrat commercial, signé en 2016 avec le groupe français Lagardère Sports, garantissait environ 1 milliard de dollars de revenus sur douze ans. Résilié de manière anticipée en 2019 après des décisions de justice sur les conditions d’attribution, cet accord avait conduit la CAF à verser 50 millions de dollars d’indemnités transactionnelles à Lagardère en 2022.
Un pari financier risqué
En choisissant de privilégier une CAN organisée tous les quatre ans, la CAF espère accroître le prestige de sa compétition phare et mieux harmoniser son calendrier avec celui de la FIFA et des autres confédérations.
Mais les révélations de The Guardian montrent que cette décision a un coût immédiat important : la perte d’un partenariat commercial estimé à plus d’un milliard de dollars. Reste désormais à savoir si le nouveau modèle économique voulu par Patrice Motsepe permettra, à moyen terme, de compenser ce manque à gagner et d’assurer un développement durable du football africain.




